Intense séville

Jour 3 – Séville, celle qui libère ce qu’on croyait enfoui

Aujourd’hui, je n’ai plus de mots. Plus de voix non plus.
Pas parce que je suis fatiguée, non. Mais parce que cette ville a ouvert quelque chose en moi.

Moi qui ai toujours eu du mal à gérer mes émotions, vous le savez bien, j’avais trouvé une technique très efficace : les enfouir, les tasser bien profond, pour être tranquille.
Et puis, Séville est arrivée. Elle a tout fait remonter à la surface. En une seule journée.

Le programme du jour avait pourtant l’air classique :
« Ce matin, visite de la cathédrale », ont dit les Blondes.
Ok, ok… une cathédrale, c’est toujours beau, une cathédrale. J’aime les cathédrales. Que je croyais.

Pour commencer : la Giralda et ses 104 mètres de hauteur.
Tellement de marches, allez-vous me dire ? Pas du tout !
34 paliers en plan incliné, construits à l’époque pour pouvoir monter à cheval jusqu’au sommet.

Cet ancien minaret reconverti en clocher… et la vue sur la ville est sublime.

Tout en haut, on s’est dit qu’être là au moment où ça sonne, ça devait être assez assourdissant.

Et puis, on a passé la porte… Et là, je suis restée scotchée.
Le silence, les volumes, le retable, le chœur, les orgues…
Chaque pas, chaque regard vers le haut ou vers le fond m’a bouleversée.

Surprise : le tombeau de Christophe Colomb.
Porté par ces figures austères représentant les anciennes provinces espagnoles, le monument impose le respect.

Où que je pose les yeux : des merveilles.
Ce gothique flamboyant… des détails à couper le souffle, de la dentelle de pierre, de la lumière, de la démesure.

Je suis sortie de là chamboulée.
Le cœur serré, la tête pleine, les yeux brillants.


Pause déjeuner. Pause « on redescend doucement ».
Salmorejo, évidemment. Crémeux, bien frais, juste ce qu’il faut de gourmandise après l’émotion de la matinée.
Le tout à la Taberna del Lagarno, petite adresse sans prétention, mais pleine de charme, rires discrets, et verres qui s’entrechoquent doucement.

La pluie s’était invitée. Doucement d’abord, puis plus franchement. Mais rien qui puisse gâcher notre plaisir. Les pavés brillants, les parapluies colorés, l’odeur de pierre mouillée mêlée à celle des orangers.

C’est justement sous cette pluie fine que nous avons poussé la porte de l’Iglesia del Salvador.
Et là… le choc.

Inattendue. Baroque. Saisissante.
Le pompon. Le bouquet final.

Le baroque dans toute sa splendeur : l’or, les retables, les contrastes, la lumière.
Et ce Christ.
Et les Vierges.
Et tout le reste.

Je ne m’y attendais pas. Et comme à la cathédrale, j’ai senti quelque chose monter, encore. Une vague d’émotion, comme un trop-plein qui cherchait la sortie.
Ce n’était pas triste. Ce n’était pas joyeux non plus. C’était juste… intense. Profond. Débordant.

Il y a des lieux qui parlent sans dire un mot. Qui viennent réveiller ce qu’on croyait avoir bien rangé.
L’Iglesia del Salvador m’a happée.

Elle aussi, ancienne mosquée.
Elle aussi, son patio aux orangers, paisible, silencieux sous la pluie, comme un lien discret avec l’histoire de la ville.


La pluie s’est calmée, le ciel s’est allégé. Nous aussi.
Un moment de repos, une tasse chaude entre les mains, des gâteaux, quelques mots échangés sur un coin de canapé.

Et puis, les Blondes ont dit : « Ce soir, flamenco. »Je ne savais pas ce qui m’attendait. Je pensais à une jolie démonstration, des talons qui claquent, des volants qui tourbillonnent.Mais non. C’était un cri. Un battement. Un frisson. Une femme, un homme, sur le plancher en bois. Deux chanteurs à la voix profonde. Le guitariste. Tout semblait venir d’un autre monde. On sentait que tout ce qui ne peut pas se dire se danse.

Je n’ai pas vu le temps passer. Je n’ai pas vu mes larmes couler.J’ai juste senti que ça sortait. Que ça débordait. 

Les yeux des Blondes à mes côtés coulaient encore plus que les miens.
Nous pleurions. De beauté, d’émotion, de trop-plein.
Et dans ce trop-plein, j’ai senti de l’espace se créer.
Comme si, en laissant sortir tout ça, on faisait un peu plus de place à la vie.

Il fallait bien un salmorejo pour finir cette journée.
À la Casa Funes, dans la douceur du soir, les rires encore un peu mouillés, mais le cœur léger.

Avant de rentrer tranquillement dans la nuit sévillane.

Jour 4 sera une nouvelle aventure. Avec, qui sait, encore un peu de ciel, un peu d’or, un peu de vous.

À très vite pour la suite ! 

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