Inoubliable Séville

Jour 7 – Inoubliable Séville
Dernier jour dans la belle Andalouse… et le soleil était au rendez-vous.

Je ne sais pas pourquoi, mais ce matin-là, les portes des patios étaient ouvertes. Et qu’est-ce que c’est joli. On sent vraiment que c’est une institution ici, un art de vivre. Il y en a dans presque tous les immeubles, et moi, j’adore ça. Un morceau de ciel, un peu de calme, de la verdure, cette beauté discrète.

On a croisé des petites églises, adorables, nichées entre deux rues, parfois si discrètes qu’on pourrait les rater. Mais toujours pleines de charme.

Dans l’une des églises visitées, l’ambiance était étrange, presque théâtrale. Le chœur, d’un baroque très, très doré, se prolongeait au-delà de l’architecture, avec des peintures directement sur les murs et le plafond. L’effet était saisissant. On ne savait plus où s’arrêtait le décor réel,
et où commençait l’illusion peinte.

Et puis, la Semaine Sainte approche, et déjà, les confréries s’activent. On les devine en pleine préparation, les chars prennent forme, les détails se peaufinent… Ça promet d’être grandiose. Je suis sûre que c’est à vivre au moins une fois dans sa vie. Dans cette église, ils sont déjà là.

Cette église était incroyablement riche. Avec à l’intérieur, une débauche de dorures, de stucs, de détails baroques, presque écrasante… et pourtant fascinante. Et ce qui est fou, c’est que de l’extérieur, elle ne payait vraiment pas de mine. Une façade sobre, presque anonyme.

Particularité étonnante : la porte s’ouvre dans toute sa hauteur pour laisser passer les chars de procession. Improbable.

Encore une preuve que Séville aime surprendre, même là où on s’y attend le moins.

Et un peu plus loin… cette autre église, un peu particulière. Elle était vraiment « vivante ». Dans beaucoup d’autres, on croisait surtout des visiteurs, des appareils photo, des murmures curieux. Mais là… il y avait des gens assis, qui priaient, des visages recueillis, une présence réelle. C’était simple, silencieux, et étrangement émouvant. Même si je ne suis absolument pas croyante, j’ai été touchée. Par la sincérité, peut-être. Ou juste par la paix que ce lieu dégageait.

Vous voyez cette toute petite église, presque discrète, nichée dans une ruelle du quartier Santa Cruz ? Son histoire est incroyable. Il s’agit de Santa María la Blanca.

À l’origine, un sanctuaire wisigothique. Puis, à l’époque musulmane, une mosquée. Elle devient ensuite l’une des trois synagogues autorisées par le roi Ferdinand III après la reconquête. Et finalement, une église catholique au XIVe siècle, après les tragiques persécutions contre la communauté juive. Une vie entière de transformations. Un lieu qui porte, dans ses pierres, la mémoire d’autant de peuples et de croyances.

Et l’intérieur… Mais l’intérieur ! Un joyau baroque, éclatant, inattendu. Des voûtes décorées de stucs délicats, un plafond aux motifs géométriques et floraux, des colonnes de marbre rouge, un maître-autel resplendissant d’or.

C’est un de ces endroits où tu entres sans rien attendre et où tu ressors ému et émerveillé, avec le sentiment d’avoir franchi la porte (une toute petit porte en plus) d’un lieu vraiment unique.

Et les plafonds… mais les plafonds ! Un entrelacs de stucs en relief, comme de la dentelle sculptée dans le plâtre, délicat et foisonnant à la fois. Blanc sur blanc, mais jamais monotone. Chaque courbe, chaque motif, chaque volute semble danser avec la lumière. On aurait pu rester là des heures, la tête en l’air, à essayer de tout voir, de tout comprendre… mais c’est impossible. On ne peut que se laisser emporter.

Et puis, les statues. Partout. Sur les autels, dans les niches, perchées sur les colonnes, presque cachées dans les recoins. Des anges, des saints, des Vierges. Dorés, expressifs, théâtraux. Certains tendent les bras, d’autres lèvent les yeux au ciel, comme pris dans un souffle d’éternité.

Ce n’est pas figé, pas froid. Au contraire, c’est vibrant, ça raconte quelque chose, de la foi, de la douleur, de l’amour peut-être. Et moi, je regardais tout ça avec mes yeux de profane, mais aussi de curieuse. Et j’ai été touchée. Vraiment.

Et même les murs méritaient qu’on s’arrête. Pas une surface lisse, pas un espace vide. Chaque recoin est orné, sculpté, peint, décoré. Des arabesques délicates, des motifs floraux, des frises en relief,tout est travaillé, pensé, offert au regard. C’est comme si les murs eux-mêmes priaient. Et bien sûr, des azulejos. Mais pas ceux qu’on voit sur les façades ou dans les patios.
Ici, ils sont plus anciens, plus raffinés, bleus profonds, jaunes dorés, parfois légèrement écaillés, car ils ont absorbé des siècles d’histoire.

Des motifs géométriques, des bordures tressées à la main. À eux seuls, ils pourraient raconter l’histoire du lieu. Et ils le font… en silence, avec éclat.

Derrière une petite porte, dans une cour sans grand charme, en réalité l’ancienne salle des ablutions, on peut encore voir la porte de l’ancienne mosquée. Elle est là, discrète, presque effacée par le temps, mais bien présente. Et moi, à chaque fois, je suis saisie par cette cohabitation. À Séville, et plus largement en Andalousie, les religions se superposent, s’imbriquent, cohabitent. Dans une même rue, un même mur, un même bâtiment. Un sanctuaire wisigothique devient mosquée, puis synagogue, puis église… Et ce n’est pas un effacement,
c’est une stratification. Une mémoire collective qui ne choisit pas, mais qui garde tout. Je trouve ça fou. Et magnifique.

Ensuite, découverte du quartier de Santa Cruz, l’ancien quartier juif de Séville. Un labyrinthe de ruelles étroites, bordées de maisons blanches, de patios fleuris. C’est paisible, fabuleux, hors du temps. On marche à pas plus lents, comme si la ville elle-même nous invitait à chuchoter. Chaque coin semble vouloir raconter quelque chose : une vieille pierre, un nom de rue, une grille forgée… Et toujours, cette sensation que quelque chose de précieux est conservé ici.

Au fond d’une ruelle, sur une petit place, des petites pensions, toutes simples, mais tellement mignonnes…
Une façade discrète, des plantes aux fenêtres, une porte entrouverte… Je garde les adresses précieusement. On ne sait jamais, un prochain séjour, peut-être.

Et puis, un peu de street art. Bien discret, presque timide. Un petit dessin ici, un pochoir là, comme des chuchotements modernes sur les murs anciens. Rien d’envahissant. Juste de quoi rappeler que la ville continue d’évoluer, même dans ses coins les plus historiques.

Et sur cette petite place, un mélange inattendu et magnifique : des orangers en fleurs et avec des fruits, et des rosiers de Banks déjà épanouis. Le blanc mousseux des roses, le vert brillant des feuilles, l’orange des fruits et l’odeur douce-amère des fleurs d’oranger. Un tableau vivant, simplement parfait. Et nous, au milieu de tout ça, à respirer très fort, juste pour ne rien oublier.

Et là-haut, un petit balcon. Rien d’extraordinaire… juste une table, deux chaises. Mais l’endroit avait quelque chose de parfait. Je me suis surprise à penser : « Je dînerais bien ici, moi. » Un soir d’été, un verre de vin, les cloches au loin, et Séville qui s’endort doucement sous mes pieds.

Charmant, je vous dis ! Tout. Le moindre recoin, la lumière, les murs, les balcons, l’ambiance douce comme un dimanche après-midi. Un de ces endroits où tu te dis : « Je reviendrai. »

Toutes ces ruelles pleines d’histoire et de fleurs sont juste derrière l’Alcázar. À deux pas. Comme si le palais et le quartier se répondaient, l’un dans la majesté, l’autre dans la douceur des pas et des pierres.

Et puis, soudain, une envie de glace. « Oh, et si je mangeais une glace ? », « Ah oui, bonne idée ! ». Parce que vive les vacances, et vive les petites pauses sucrées, celles qui ne s’annoncent pas mais qui tombent juste. Une glace à la main, sourire aux lèvres. Séville continue de me faire du bien.

Et justement… parlons-en, de l’Alcázar. On pourrait sous-titrer cette visite : « Comment finir en beauté. » Parce que vraiment, c’est un feu d’artifice final. Un lieu tellement riche, tellement raffiné, tellement vivant, qu’on ne sait plus où donner des yeux.

Franchement… finir par tant de beauté, c’était presque indécent. On pouvait pas mieux faire. L’Alcázar, c’est la cerise sur le gâteau, le bouquet final, le « wahou » ultime. Un lieu qui te laisse sans mots, et pourtant, moi, j’en ai toujours trop.

Petite parenthèse pour ceux qui ne connaissent pas l’Alcázar :
C’est un palais royal, construit au fil des siècles par les différentes dynasties qui ont régné sur Séville. D’inspiration mudéjare, gothique, renaissance et baroque, il est un concentré de beauté architecturale et végétale. On y trouve des patios somptueux, des salles finement décorées,
des jardins luxuriants à perte de vue. Un lieu hors du temps, où chaque pierre raconte une histoire.

On peut voir des photos de l’Alcázar, bien sûr. On peut s’en faire une idée. Et c’est déjà ça. Mais la réalité dépasse tout. De très, très loin. Ce lieu ne se regarde pas, il se respire, il se ressent, il se vit.

C’est un mélange de lumière, de fraîcheur, de silence et de détails infinis. Une architecture qui chuchote, des murs qui racontent, des jardins qui apaisent tout ce qui déborde à l’intérieur.

Et dire que… ce palais est encore aujourd’hui la résidence officielle de la famille royale quand elle vient à Séville. Oui, ce lieu hors du temps, où chaque mur semble murmurer une histoire, où chaque bassin reflète des siècles de beauté… est encore habité. Il n’est pas figé dans le passé, il vit encore. Et ça, ça change tout.

Quant aux jardinson perd toute mesure. C’est trop vaste, trop vert, trop luxuriant. Non, c’est pas vraiment, c’est jamais trop. Des palmiers géants, des haies taillées au cordeau, des fontaines qui chantent, des recoins pleins d’ombre et de fraîcheur… On ne sait plus si on est dans un conte, un rêve ou un film d’Almodóvar. Tout apaise. Tout émerveille.

Et parlons un instant de l’odeur. Parce que là, on atteint le divin. En cette saison, les orangers en fleurs embaument toute la ville. Mais vraiment. C’est un parfum capiteux et tendre à la fois, qui te saisit dans une rue, dans un patio, au détour d’un mur… et qui reste avec toi longtemps.

Et dans les jardins de l’Alcázar, ça continue. Des orangers, bien sûr, mais aussi des buissons de jasmin, qui ajoutent une douceur presque irréelle à l’air. Un bonheur, simple, puissant, inoubliable en ce début de printemps.

Dans les sous-sols du palais, on découvre un bassin étrange et silencieux. Il paraît qu’une favorite y nageait nue, dans la fraîcheur des pierres, loin des regards.

Les reflets sur l’eau rendent l’espace presque irréel, comme un rêve suspendu sous les voûtes. C’est tellement graphique, presque cinématographique. On imagine sans peine la fraîcheur, le calme, l’intimité… et on se dit qu’il doit faire si bon s’y plonger, lors de ces longues soirées d’été sévillanes, là où la chaleur colle à la peau et le silence devient luxe.

Les jardins de l’Alcázar sont connus et reconnus. On les voit dans les guides, sur les cartes postales, on les évoque comme incontournables. Et franchement, cette réputation est amplement justifiée. Ils ne sont pas seulement beaux, ils sont intelligents, vivants, apaisants. On s’y perd avec plaisir, on s’y repose, on y respire autre chose.

C’est vraiment très, très beau. Il n’y a pas d’autre mot. Enfin si, sûrement. Mais aucun ne dira aussi bien ce que ça fait à l’intérieur. On regarde. On se tait. On garde tout, très fort, quelque part entre le cœur et la peau.

Et puis, il y a tous les Peter. (Peter… paon, bien sûr) Ils sont partout, dans les allées, sur les murets,
à déployer leurs jolies plumes avec une nonchalance royale. Certains crient, d’autres paradent, certains dorment à l’ombre. Ils font partie du décor, comme s’ils étaient les véritables maîtres des lieux. Et nous, on les regarde toujours avec le même émerveillement un peu enfantin.
Parce qu’un paon, même après le dixième, ça fait toujours un effet « wahou ».

Ça a été difficile de ressortir de là. De quitter cette magie, cette quiétude, ces murs chargés d’histoire et de beauté. Mais il a bien fallu. Alors, pour rester dans la douceur, on a retrouvé Santa Cruz, ses ruelles tranquilles, ses murs blancs, et on est aller déjeuner.

Un peu de street art encore, au détour d’une ruelle… Mais surtout ce mur absolument fabuleux. Un appel à l’amour, aux baisers, à la tendresse. Une surface blanche couverte d’empreintes de lèvres, rouges, roses, cramoisies, laissées là par des inconnus, comme autant de promesses silencieuses.

Je n’avais pas de rouge à lèvres sur moi, mais je crois que je l’aurais fait. Sans hésiter. Et depuis, je me demande… si je n’installerais pas un mur comme ça chez moi. Tellement d’amour. Tellement de beauté simple.

On a trouvé une petite terrasse sympa, installée sur une minuscule place, comme Séville sait si bien en cacher. Au menu ? Une tortilla… au salmorejo. Oui, un concept un peu improbable, mais finalement… plutôt bon ! Un mélange de textures, de soleil, et ce petit goût familier qui me fait dire : je crois que le salmorejo va me manquer. Vivement la saison des tomates mûres.

Après ce déjeuner inattendu mais délicieux, on a repris la balade. Pas vraiment de destination précise, juste l’envie de prolonger encore un peu, de marcher, de s’imprégner, de laisser Séville nous parler une dernière fois.


Et puis Christelle a dit : « Pour le dessert, on pourrait retourner au Comercio… pour un dernier churros & chocolate. ». On ne s’est pas fait prier. Retrouver ce lieu un peu bruyant, un peu vivant, tellement Séville, retrouver la pâte dorée, le chocolat épais comme une étreinte, et savourer, lentement. Le dernier. Le plus doux.

Encore quelques pas dans la ville, pour lui dire au revoir. Pas trop vite. Le cœur un peu serré, mais les yeux encore émerveillés. On a longé des rues déjà connues, on a salué des coins qu’on avait aimés, comme pour leur dire : “Merci. On reviendra.”

Et voilà. 7 jours à Séville. Et ça change une vie. En tout cas, ça a changé la mienne.

Culturellement, bien sûr. Je me suis remplie de beau. De très très beau, de terriblement beau, de l’incroyablement beau, de l’éblouissant beau, de l’intensément beau, du beau doux, du beau profond. (→ cf les autres articles de ce blog sur Séville)

Et puis, amicalement aussi. Partir avec mes Blondes a été une expérience si douce. Nous sommes parties toutes les trois avec nos « petits » bobos, pas si petits et Séville a mis tout ça sur pause.
J’espère que les miens resteront loin… le plus longtemps possible. Elles m’ont offert le plus beau des cadeaux. Elles ont tout géré. Je ne savais même pas le matin ce qu’on allait faire. “Viens, on part à droite.”, “Viens, on va par là.” Et c’était tout.
Et quel lâcher-prise. Julie et Christelle parlaient espagnol. Donc : aucune barrière, aucun effort. J’ai tellement lâché prise que je n’ai même pas ouvert un guide touristique. Je n’avais regardé aucune photo avant de partir. La surprise a été totale. Et ce fut tellement doux. Tellement dépaysant. Elles m’ont offert un cadeau immense, et ma reconnaissance est éternelle.

Mais il y a eu une surprise dans la surprise, un cadeau caché dans ce déjà fabuleux voyage : les émotions. Vous savez que c’est mon point faible. Souvent, ça me chahute, ça me secoue, et ma « gestion » est… disons… chaotique. C’est chimique, c’est diagnostiqué, c’est soigné. Mais pour me protéger, depuis plusieurs mois, plusieurs années, je tente de les mettre à distance. Pour éviter les catastrophes. J’ai peur. Sauf que… ce n’est pas moi. La vrai Moi. Moi, j’aime vibrer. Des mois que je travaille ça en EMDR. Et je crois que ce voyage m’a permis de les laisser s’exprimer enfin, de les laisser voir le soleil, de les libérer.

Et vous savez quoi ? C’était tellement bon de les retrouver. Plus jamais je ne les étoufferai.
Et bonne nouvelle, ma psy avait raison : “Ce n’est pas dangereux !!”

Quel bonheur. Merci.

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